Un Maître vagabond

Publié le par Lhyn Sedrin

 C'était un jour de triple lunes qu'il était venu au monde, les vents fous balayaient les champs creusés, la pluie imbibait les toitures de pailles et de boue. C'était un jour comme celui là, la mère était morte en couche comme bien souvent c'était le cas dans un tel métissage, son apparence ne pouvait convenir pour son père et celui-ci ne se préoccupait pas de ses rejetons de toutes manières. Une vieille voyant là le moyen d'attirer la sympathie de ses concitoyens le pris et l'emporta dans son village dans l'indifférence générale.

 Les premiers temps il fut le sujet de toutes les conversations, la vieille savait doser ses visites et ses sorties, elle ne se fournissait quand elle sortait avec lui que chez les commerçants de son village, ainsi ils la connaissaient, la reconnaissaient également, toute aimable et de gentillesse elle attirait à elle les remarques bienséantes et engrangeait cette reconnaissance dont elle avait tant besoin.
 Mais l'enfant avait grandis, il devint difficile, la vieille sortait voir ses "amies" toujours promptes à parler sur tout le monde les commères s'entendaient comme cochons. L'enfant grandis n'était plus aussi intéressant, il ne brillait pas, il ne cherchait pas à briller et il échappait à la vieille, chapardait de ci et de là, la vieille le trouvait bien encombrant.
 Quand l'enfant devint un adolescent et qu'il riposta aux hargneux qui le piquaient méchamment de petits noms cruels la vieille écouta les chipies et les bien pensants, il n'aurait pas fallut qu'elle perde leur intérêt, et puis ils la plaignaient maintenant ce qui était encore plus valorisant aux yeux de la vieille. Elle écouta donc les médisants et confia son petit, l'âme de ses jours, le coeur de sa vie, comme elle se plut à le clamer haut et fort quand elle s'en sépara, à un druide, un homme des bois étrange que personne n'aurait invité chez soi. 
 Le jeune homme partit sans regret, il savait qu'il n'avait été toutes ces années qu'un faire valoir pour la vieille. Sans se retourner, sans un baluchon, qu'il avait refusé, il suivit l'homme barbu. Demos, c'était son nom. Demos habitait une cabane entre deux buissons épineux et une immense fougère. Il s'enquit du nom du jeune homme et lui donna une règle à ne pas enfreindre le premier jour, toujours fermer la porte de la cabane à clé le soir, même en l'absence du druide.

(à suivre)

 

Publié dans Contextes Elwéniens

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