Ce matin le soleil était rouge à son lever, sous les persiennes bleues lavande, la mer dispute aux premières voitures le chant des rares cigales de la ville, les draps sont tombés au cours de la nuit, seule ses cheveux bruns lui faisant une cape elle ouvre la baie vitrée qui donne sur la terrasse, la fraicheur du matin fait bourgeonner sa peau nue... Vue imprenable sur la mer depuis ce huitième étage, rien ne bouge, même les vagues chuchottent.... La cafetière programmée la veille se met à chuinter, l'odeur piquante et ronde la fait rentrer, elle laisse la baie ouverte sur le monde du bruit, se retranche derrière le comptoir de la cuisine américaine, on voit la mer depuis toutes les pièces, mais la vue la plus belle est ici dans la pièce de vie qui porte si bien son nom... Pensive elle déambule, soufflant de temps en temps sur le liquide noir bouillant, le bol orange fluorescent est un caprice de la dernière mode, retour du fluo, même le mauvais goût transcende les années... Elle referme le livre d'Aragon, allume la tablette d'un effleurement de sa main fine, tout à l'heure ses doigts pourront courir sur le clavier récemment acheté pour la cause de son blog... Pour le moment elle lit son couriel, pas beaucoup de changement avec le courier, la boite est pleine de publicité qui polluent son esprit, elle zappe, va vers le dressing et sélectionne une petite robe, saisit sur une impulsion le maillot et la serviette, un tour à la piscine ? Elle fourre le tout dans son sac de baroude, celui qu'elle emporte partout et qui ne va avec rien...
Il a été charmant de lui proposer de la ramener. Il fait chaud elle n'a pas encore manger, elle a suivis une ancienne copine qu'elle n'avait plus revue depuis des lustres et qui l'a plantée là pour suivre un inconnu avec qui elle avait rendez vous... Quelle idée de donner rendez vous à des inconnus... Elle a décidé de rentrer à pieds mais les talons collent à l'alsphalte mou, il s'arrête, il est policier, il lui dit que ce n'est pas prudent, lui propose de la ramener, il a terminé sa journée... Ils ont discutés lui aussi fait de la photographie amateur il lui montre dans la boite à gant son appareil, au passage son bras découvert carresse son genou, elle frémit, il n'a pas l'air gêné, elle oublie, l'appareil est le même que le sien, une discussion passionnée enfle entre eux, il lui propose un shooting improvisé sur un site qu'il apprécie, il faudra marcher mais c'est un sentier de sable...
A travers les pins ils avancent escaladent les rochers, sa robe est trempée comme sa chemise à lui mais ils n'y prennent pas garde quand ils débouchent sur la cime de la colline, exposée, brûlée, le spectacle leur coupe le souffle.... Il l'aide à le rejoindre au plus haut, la tient par la taille, elle tente de prendre une photo, s'appuie contre lui, leurs chaleurs s'accordent, il sent le bois, ses bras sont noueux, elle lui montre qu'elle a tremblé, ils rient se regardent s'évaluent...
Les glaçons s'entrechoquent dans le verre, dans la lente agonie du soleil le temps s'arrête, le vent n'a pas soufflé, la moiteur de la fin de journée épouse son corps nu quand la douche froide s'empare de ses muscles et leur offre un répit bienvenu... Elle sort une serviette retenant ses cheveux, sa main cueille le verre, elle attend que le soleil ait disparu, il n'y a plus de glaçon, le parasol du cocktail coule parresseusement au fond du reste de pina colada, ses doigts entament une danse aérienne sur les touches.... Une heure, puis deux, les yeux d'Elsa l'appellent, elle éteint la tablette d'un effleurement, s'abandonne aux draps défaits des nuits passées...
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