Le temps passe et rien ne le retient, c'est la chose la plus puissante au monde, je ne crois pas en un dieu ou dans l'amour ou dans la liberté, tous ne sont que des concepts abstraits qui ne servent à rien, mais le temps, celui qui le contrôle est maître de tout.
J'avais douze ans et dans le cimetière tout était calme, je ne pouvais prévoir l'arrivée inopportune de ce chien qui nous agressa, mon berger allemand et moi, pourtant c'est à ce moment là que j'ai compris comment on pouvait avoir une prise minime sur le temps.
Je ne me leurre en rien, je suis persuadée qu'il s'agit surtout d'une capacité du cerveau à prévisualiser les actes et à aller plus rapidement, mais commençons par le commencement, un récit linéaire devrait moins vous perdre.
Il est six heures et comme j'ai voulu un chien c'est à moi de m'en occuper et de le sortir, je ne dors pas longtemps et la rosée du matin est souvent mon amie, Rag est déjà heureux en anticipant notre promenade matinale, aujourd'hui il fait beau et le ciel dégagé, la fraîcheur de ce matin de septembre me donnent envie de passer par le cimetière, la promenade sera plus longue mais quelle importance.
J'entre par la porte principale, elle vient d'être ouverte par le gardien, il me connait bien et ça fait longtemps que je visite les tombes abandonnées en lisant les noms qui y figurent, j'ai recherché chacun d'eux dans les archives municipales, je sais qui ils sont.
Au détour d'une allée alors que nous dépassons l'ancienne fosse commune qui porte quatre magnifiques cyprès, un chien noir, entre le labrador et le pitbull bondit pour attaquer Rag. Là le temps a fait une pose puis tout s'est passé au ralentit, j'étais spectatrice de mes actes, sans pensées, je tire la laisse en arrière d'un coup sec, otant de la trajectoire des crocs la gorge de mon chien, ma jambe se relève dans le même mouvement et mon pied tape à la glote, le chien est projeté sur le côté puis fait marche arrière, et le temps reprend son cour, le maitre du chien arrive en criant, peu me chaud, Rag aboie à tout rompre, il veut se battre, je sens monter des tremblement et me tétanise pour les maitriser.
Le chien tousse et a du mal à reprendre son souffle, il crache un peu de sang, le maitre m'invective, je lui rétorque froidement qu'un chien se tient en laisse pour la sécurité des hommes et la sienne. Alors qu'il continue de crier et prend son chien dans ses bras je lui tourne le dos et reprends ma promenade avec Rag, je lui parle doucement, il me comprend et je sais qu'il se calmera vite, il a eut peur pour moi et moi pour lui. Nous rentrons et le temps du retour me parait parfait pour évacuer le stress. Le temps si puissant n'est rien, il peut passer, nous avons la capacité d'en être les maitres tant que nous sommes en vie, je crois dans le pouvoir du temps qui passe, mais je ne le crains pas, si je le souhaite il peut ralentir ou s'accélérer, je sais que ce n'est pas sur le temps que j'agis mais sur mon cerveau et je trouve ça rassurant de pouvoir le faire.
Depuis j'ai expérimenté d'autres usages de ce monstrueux calculateur, chaque conquête sur lui est une jouissance sans pareil, rien ne vaut le pouvoir de se maitriser, et tant pis si je passe pour une dingue, ça en vaut la peine.
2010-11-06T17:48:00+01:00
Au nom de Cronos (1)
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