Il est deux heures et le temps file, je le laisse couler comme la pluie au dehors, la ville est sale sous l'hiver de mon esprit et l'encre sur le cahier ne la nettoie pas. Pourtant ça fait une éternité que je rêve, les histoires sont prêtes, rangées avec tous les décors là dans ma tête. Les joueurs pourront poursuivre leur aventure. Vers où les conduirais-je ? Celui-ci qui me fait souvent du "hors jeu de rôle", pourquoi s'obstine-t-il a toujours coller aux règles, de quoi a-t-il peur ? Est-il si peu sur de lui qu'il lui faille toujours des précisions, pourquoi me ramènent-elles toujours de manière si douloureuse à la réalité, j'ai l'impression qu'il trace un filet pour m'entraver, me prendre aux règles, mais j'ai déjà prévue cette éventualité, oui, la règle suprême, le conteur a toujours raison. C'est moi qui trace la trame de leur histoire, et s'il veut m'imposer la sienne je ne me laisserais pas faire. Je suis la destinée et on ne plie pas la destinée, on s'y adapte, on glisse sur ses courants comme la feuille glisse sur l'eau du caniveau, j'ai froid, il fait nuit déjà, ma rêverie me tuera, un jour je lâcherais prise et je dirais adieu aux contingences du monde, un jour.
Il pleut toujours et le petit, mon petit, celui que j'ai fait à mon image pour son malheur va être trempé, il s'en moque, tant mieux. Pourquoi fait-il si froid ? Le froid c'est la vie, la cruauté, la souffrance, c'est la vie, la chaleur et l'oublie sont la rêverie. On arrive à la maison, je n'ai pas vu le trajet, qu'importe, encore un peu de réel puis la vraie vie reprendra, avec de la chaleur et du mouvement, des gens heureux, c'est étrange ce sentiment, quelque chose coule, je regarde ma main, j'ai vraiment trop froid, quelque chose de noir, ce n'est pas de l'encre, j'y trempe ma plume, c'est plus épais, j'écris, la texture est parfaite pour l'exercice de calligraphie. Les formes de mes lettres se courbes et se déforment, il est temps, temps de quoi ? Il est temps. La feuille s'ouvre, la pluie cesse, le bout de mes doigts brulent, la douleur éveille une nouvelle conscience, l'univers se reforme. C'est le soir, je tombe de sommeil sur mon clavier, les histoires ont pu se poursuivre, je vais pouvoir continuer de rêver, la suite, le temps se dédouble, s'entre ouvre pour laisser les rêves vivre.
Je lis sur mon stylo plume : J'écris donc je suis et c'est vrai, mes doigts saignent et je joue avec la douleur, j'y crois et n'y crois plus, elle vient et va, la mer se retire et j'éteins la machine, il est temps pour moi compagnons de vous retrouver dans mes songes. Un nouveau monde à explorer ?
2010-11-06T17:51:00+01:00
Au nom de Cronos(2)
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